expositions- suite

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Re: expositions- suite

Message  Em' le Dim 7 Nov - 18:23

je n'aurai pas la chance de voir Monet à Paris et peut-être pas Basquiat non plus, dans le premier cas c'est simple y'a plus de tickets pour les samedis! succès phénoménal! je me console en me disant que si il faut faire la queue aussi dans le musée pour aperçevoir les toiles je ne perds peut-être pas grand chose

par contre je suis arrivée dans une région vraiment riche culturellement, notamment à Bâle, la ville acceuille déjà tous les ans une foire d'art contemporain au mois de mai, plus côtée encore que la FIAC parisienne, je compte bien y aller
et y'a très régulièrement des expos temporaires dans les musées ou les fondations tout le long de l'année, j'ai vu dernièrement une très belle rétrospective des Viennois Egon Schiele (torturé) et Klimt (la couleur!) , cet après-midi une rétrospective des années 61 à 64 d'Andy Wahrol, en gros les années soupe campbell et portraits de liz taylor, prochainement une expo consacré aux dessins de Picasso...

Em'

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Re: expositions- suite

Message  Risingboy le Mar 9 Nov - 21:00

Azbinebrozer a écrit:Dis p'pa c'est comment Basquiat ? Plutôt Lucien Freud ou plutôt Picasso ? (What a Face = tête de mon fils) Ben j'sais pas demande à ta mère... plutôt Picasso j'crois... Tiens regarde sur internet avant de partir ...
Et voilà comment on arrive dans une expo sur un artiste hyper médiatisé sans quasi rien connaître de lui si ce n'est une photo où il pose en branleur new-yorkais...
L'impasse culturelle c'est géant pour le plaisir !!!
10 H 30 arrivé au Musée d'art moderne retour de bâton c'est la grève, oui les camarades gardiens de musée nous attendent en sitting ! Juste retour !! C'est si bon de ne rien maitriser ! Laughing
12 h 00 une queue s'organise enfin et pendant l'attente j'ai envie de crier "L'art moderne dans la rue !" Et puis je me dis que c'est déjà dur d'avoir des parents instits qui te trainent au musée... alors quand ce sont en plus des vieux bab's anciens adeptes de l'agit prop ! Quelle plaie ce doit être !... Rolling Eyes

Je ne connais pas grand chose de ce peintre mais j'ai aimé sa peinture. Je m'attendais à plus torturé ou très branchouille arty et j'ai trouvé une peinture vive tournée vers le portrait. Ces corps multifibres font un peu barbelé tordus ? Des corps réseaux aussi qui passent partout ? Pleins de couleurs et toujours ce regards si simple et attachant.
Au 2/3 il y a un peu un effet de répétition, portraits avec souvent la même pose, mais avec aussi pas mal de renouvellement quand même et surtout sur une carrière de 6 ans maximum ?... Puis d'autres évolutions pointent...Voilà j'ai été heureux de trouver une peinture sensible moins arty provo newyorko que je ne m'y attendais. Les enfants riaient, les vieux se retournaient les yeux brillants... J'ai peut être raté une dimension plus tragique ? Celle des échos de sa bio ?


Je l'ai vu ce week end cet expo. Ainsi que les 2 films qui lui sont consacré. Downtown et le doc. Sympa. ça donne une idée de qui il etait. Comme toi Az j'ai eprouvé cette lassitude dont tu parles. l'impression de voir des tableaux se ressembler. Toutefois certaines peintures laissent deviner une vision politique assez sombre que ce soit les tags (plus explicite dans le film que sur l'expo je trouve) mais aussi ses peintures.
Parfois il m'arrivait de pas bien comprendre

Et comme Em fait reference à Monnet, un petit mot : EXCEPTIONNEL
pourtant je ne m'estimais pas être dans le coeur de cible de l'expo mais l'occasion etait belle et après m'y etre repris à 3 fois j'ai fini par rentrer grace à une charmante dame qui m'a permis de rentrer avec elle car son mari ne pouvait venir. En effet il y a un monde de dingue. J'ai vite compris pourquoi
toute la vie du peintre est vu à travers ces tableaux. Geographiquement surtout, la normandie, Paris, ses voyages à Londres... Et puis sa vie perso avec sa femme sur son lit de mort. certains tableaux sont à couper le souffle. selon l'angle ou l'eloignement, on y voit (ou on a l'impression de voir) un tableau net ou une peinture faite de "tache".
La fin de l'expo montre son travail sur le temps. il peint la même chose selon des heures differentes de la journée ou selon un climat different. cela donne l'ancetre du pop art !!! D'ailleurs Liechtenstein a repris à sa sauce le travail de Monnet sur la cathedrale de rouen. ce travail est presenté dans l'expo (les tableaux de Monnet et la reprise de Liechtenstein)
Un grand moment. A couper le souffle

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Message  rado le Mer 22 Déc - 7:25

The Air Is on Fire- David Lynch
L’exposition qui était créée à l’initiative de la Fondation Cartier pour l’art contemporain et montrée pour la première fois à Paris en 2007, est finalement arrive à Copenhague. Ceux qui l’ont arrangée avaient fait des demandes auparavant mais l’artiste avait jugé les locaux inappropriés alors après une bonne rénovation, The Air Is on Fire fut le premier arrangement culturel pour accueillir les amateurs d’art dans les nouveaux locaux de la galerie Gl Strand. En plein milieu du shopping de Noël et tous les gens qui s’affairaient stressés en centre-ville, on a donc choisi de voir cette exposition ressemblant des oeuvres des années 60 jusqu’aux oeuvres récentes de David Lynch. L’expo incluait des tableaux monumentaux (récents), des dessins, des aquarelles, des lithographies, des notes, esquisses etc. (500 au total) ainsi que quelques-uns des films expérimentaux de Lynch abrités dans une salle speciale inspirée de son film Eraserhead.
Ainsi, le premier étage abritait les grands tableaux qui reprenaient des motifs violents et fascinants en même temps où atteinte à la liberté physique et psychique se lient avec son inevitable humour, quelquefois absurde. Les techniques et les medias se mélangent chez David Lynch et dans ses tableaux il utilise des matériaux tels le tissu et les différentes matières en forme de vrais jeans, vestes, culottes et slips pour représenter les personnages en taille réelle. D’autres matériaux bizarres s’y mélangent ainsi que de vrais mégots, lunettes etc. Les motifs que l’on connaît de l’univers de ses films, reviennent, ainsi que quelques personnages que l’on connaît déjà mais pas nécessairement sous la même forme. Ainsi le rouge, le caractère de Bob et la violence prennent d’autres dimensions en function de la forme et de la composition des oeuvres. Les dessins et les aquarelles étaient impressionnants, selon moi et sont arrivés à créer un univers où le calme est brisé et où la violence, la frustration, le malheur et les cauchemars s’installent mais en même temps on se demande si c’est la vraie vie ou le rêve. Et comme toujours avec D. Lynch on sait que ses deux univers sont combinés, mêlés, pour n’en créer qu’un dans notre perception.
Les esquisses, gribouilles, brouillons de Twin Peaks etc. étaient au troisième étage rassemblés derrière une vitrine spécialement concue par l’artiste et dans l’ordre dans lequel il les a gardés depuis les années 60 mais sans date ni titre particulier. Encore aujourd’hui, il les utilise comme inspiration pour créer. Au même étage se trouvait la série Distorted Nudes où Lynch avait pris des nus d’un livre de photos érotiques fin 19ème-début 20ème siècle et les avait modifies numériquement. Et à la fin, la salle avec ses films, malheureusement on n’a vu que deux: Dumbland, film d’animation datant de 2002 en 8. épisodes, diffusé au départ sur le site-web du réalisateur, et quelques moments de The Grandmother. Etaient présentés sinon The Alphabet et Six Men Getting Sick.
Dumbland était vraiment pas mal, un univers, un style graphique et esthétique qui se rapprochent beacoup de ceux de David Shrigley. On suit un personage violent dans des situations absurdes de tous les jours, c’est assez comique.

rado

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Message  Grinderman le Mer 22 Déc - 9:16

rado a écrit:The Air Is on Fire- David Lynch
L’exposition qui était créée à l’initiative de la Fondation Cartier pour l’art contemporain et montrée pour la première fois à Paris en 2007, est finalement arrive à Copenhague. Ceux qui l’ont arrangée avaient fait des demandes auparavant mais l’artiste avait jugé les locaux inappropriés alors après une bonne rénovation, The Air Is on Fire fut le premier arrangement culturel pour accueillir les amateurs d’art dans les nouveaux locaux de la galerie Gl Strand. En plein milieu du shopping de Noël et tous les gens qui s’affairaient stressés en centre-ville, on a donc choisi de voir cette exposition ressemblant des oeuvres des années 60 jusqu’aux oeuvres récentes de David Lynch. L’expo incluait des tableaux monumentaux (récents), des dessins, des aquarelles, des lithographies, des notes, esquisses etc. (500 au total) ainsi que quelques-uns des films expérimentaux de Lynch abrités dans une salle speciale inspirée de son film Eraserhead.
Ainsi, le premier étage abritait les grands tableaux qui reprenaient des motifs violents et fascinants en même temps où atteinte à la liberté physique et psychique se lient avec son inevitable humour, quelquefois absurde. Les techniques et les medias se mélangent chez David Lynch et dans ses tableaux il utilise des matériaux tels le tissu et les différentes matières en forme de vrais jeans, vestes, culottes et slips pour représenter les personnages en taille réelle. D’autres matériaux bizarres s’y mélangent ainsi que de vrais mégots, lunettes etc. Les motifs que l’on connaît de l’univers de ses films, reviennent, ainsi que quelques personnages que l’on connaît déjà mais pas nécessairement sous la même forme. Ainsi le rouge, le caractère de Bob et la violence prennent d’autres dimensions en function de la forme et de la composition des oeuvres. Les dessins et les aquarelles étaient impressionnants, selon moi et sont arrivés à créer un univers où le calme est brisé et où la violence, la frustration, le malheur et les cauchemars s’installent mais en même temps on se demande si c’est la vraie vie ou le rêve. Et comme toujours avec D. Lynch on sait que ses deux univers sont combinés, mêlés, pour n’en créer qu’un dans notre perception.
Les esquisses, gribouilles, brouillons de Twin Peaks etc. étaient au troisième étage rassemblés derrière une vitrine spécialement concue par l’artiste et dans l’ordre dans lequel il les a gardés depuis les années 60 mais sans date ni titre particulier. Encore aujourd’hui, il les utilise comme inspiration pour créer. Au même étage se trouvait la série Distorted Nudes où Lynch avait pris des nus d’un livre de photos érotiques fin 19ème-début 20ème siècle et les avait modifies numériquement. Et à la fin, la salle avec ses films, malheureusement on n’a vu que deux: Dumbland, film d’animation datant de 2002 en 8. épisodes, diffusé au départ sur le site-web du réalisateur, et quelques moments de The Grandmother. Etaient présentés sinon The Alphabet et Six Men Getting Sick.
Dumbland était vraiment pas mal, un univers, un style graphique et esthétique qui se rapprochent beacoup de ceux de David Shrigley. On suit un personage violent dans des situations absurdes de tous les jours, c’est assez comique.

Je l'ai vue à la fondation Cartier, cette expo. J'avais trouvé qu'à un pur niveau artistique, c'était pas fabuleux, que Lynch était effectivement plus doué en cinéma, mais c'était intéressant de retrouver ses obssessions délayées sur toutes sortes de supports. Ses grands tableaux qui mêlent collages, peinture et autres matières dont il ne vaut sans doute mieux pas connaître l'origine sont tout de même très réussis. Pareil pour les photos de nus, très belles. En revanche à la boutique, j'avais pas cédé pour le service à expresso fabriqué par Lynch qui devait approcher les 500 euros...

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Re: expositions- suite

Message  rado le Mer 22 Déc - 10:08

Grinderman a écrit:
rado a écrit:The Air Is on Fire- David Lynch
L’exposition qui était créée à l’initiative de la Fondation Cartier pour l’art contemporain et montrée pour la première fois à Paris en 2007, est finalement arrive à Copenhague. Ceux qui l’ont arrangée avaient fait des demandes auparavant mais l’artiste avait jugé les locaux inappropriés alors après une bonne rénovation, The Air Is on Fire fut le premier arrangement culturel pour accueillir les amateurs d’art dans les nouveaux locaux de la galerie Gl Strand. En plein milieu du shopping de Noël et tous les gens qui s’affairaient stressés en centre-ville, on a donc choisi de voir cette exposition ressemblant des oeuvres des années 60 jusqu’aux oeuvres récentes de David Lynch. L’expo incluait des tableaux monumentaux (récents), des dessins, des aquarelles, des lithographies, des notes, esquisses etc. (500 au total) ainsi que quelques-uns des films expérimentaux de Lynch abrités dans une salle speciale inspirée de son film Eraserhead.
Ainsi, le premier étage abritait les grands tableaux qui reprenaient des motifs violents et fascinants en même temps où atteinte à la liberté physique et psychique se lient avec son inevitable humour, quelquefois absurde. Les techniques et les medias se mélangent chez David Lynch et dans ses tableaux il utilise des matériaux tels le tissu et les différentes matières en forme de vrais jeans, vestes, culottes et slips pour représenter les personnages en taille réelle. D’autres matériaux bizarres s’y mélangent ainsi que de vrais mégots, lunettes etc. Les motifs que l’on connaît de l’univers de ses films, reviennent, ainsi que quelques personnages que l’on connaît déjà mais pas nécessairement sous la même forme. Ainsi le rouge, le caractère de Bob et la violence prennent d’autres dimensions en function de la forme et de la composition des oeuvres. Les dessins et les aquarelles étaient impressionnants, selon moi et sont arrivés à créer un univers où le calme est brisé et où la violence, la frustration, le malheur et les cauchemars s’installent mais en même temps on se demande si c’est la vraie vie ou le rêve. Et comme toujours avec D. Lynch on sait que ses deux univers sont combinés, mêlés, pour n’en créer qu’un dans notre perception.
Les esquisses, gribouilles, brouillons de Twin Peaks etc. étaient au troisième étage rassemblés derrière une vitrine spécialement concue par l’artiste et dans l’ordre dans lequel il les a gardés depuis les années 60 mais sans date ni titre particulier. Encore aujourd’hui, il les utilise comme inspiration pour créer. Au même étage se trouvait la série Distorted Nudes où Lynch avait pris des nus d’un livre de photos érotiques fin 19ème-début 20ème siècle et les avait modifies numériquement. Et à la fin, la salle avec ses films, malheureusement on n’a vu que deux: Dumbland, film d’animation datant de 2002 en 8. épisodes, diffusé au départ sur le site-web du réalisateur, et quelques moments de The Grandmother. Etaient présentés sinon The Alphabet et Six Men Getting Sick.
Dumbland était vraiment pas mal, un univers, un style graphique et esthétique qui se rapprochent beacoup de ceux de David Shrigley. On suit un personage violent dans des situations absurdes de tous les jours, c’est assez comique.

Je l'ai vue à la fondation Cartier, cette expo. J'avais trouvé qu'à un pur niveau artistique, c'était pas fabuleux, que Lynch était effectivement plus doué en cinéma, mais c'était intéressant de retrouver ses obssessions délayées sur toutes sortes de supports. Ses grands tableaux qui mêlent collages, peinture et autres matières dont il ne vaut sans doute mieux pas connaître l'origine sont tout de même très réussis. Pareil pour les photos de nus, très belles. En revanche à la boutique, j'avais pas cédé pour le service à expresso fabriqué par Lynch qui devait approcher les 500 euros...

Yes, Grind, je m'étais doutée que tu l'aies vue encore à l'époque...Niveau artistique, beh disons que moi je trouve qu'on peut soupconner les origines du réalisateur dans l'artiste-peintre, il a quand même un oeil pour les images "figées" et dans son univers cinématographique on peut prendre des images isolés, ce sera des tableaux. En effet, les grands tableaux sont impressionnants mais on a beaucoup apprécié aussi les dessins et les aquarelles, qui pour moi créaient un univers affreux où tout confort avait disparu, où le calme de la maison ou de l'individu était interrompu, stoppé par un événement affreux. Quant à certaines couleurs, images et matières, beh disons qu'elles sont carrément immondes, comme par exemple celles de This Man Was Shot a 0.9 Seconds Ago où on a l'impression qu'il gerbe...Mais bon, c'était bien et intéressant, l'expo a eu de très bonnes critiques aussi, contrairement à celle de Bob Dylan, montrée presqu'en même temps.

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Re: expositions- suite

Message  Azbinebrozer le Dim 2 Jan - 23:00

C'est la nouvelle année. Voilà voilà ! Papy Az' arrive. Et voici les enfants votre cadeau pour les étrennes ! Nan pas la Kinect pour la Xbox sales gosses ! Ni Guitar Héros 5, Ramol' enfin !!

Vous connaissez tous cette œuvre, elle symbolise la peinture à elle seule, mystérieusement.



Car ce tableau nous échappe, doucement. Un sourire oui et puis ?...

En voici une lecture qui nous raconte une histoire. Une histoire d'art, de sourire et discrètement en creux de culture.
C'est un peu long mais plus jamais vous ne verrez Mona Lisa et d'autres choses encore de la même manière...

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Un sourire de Joconde

Message  Azbinebrozer le Mer 5 Jan - 7:56

Désolé ! Pas de chance le lien vers le texte sur la Joconde plus haut mène à une autre version, moins bonne, du texte du critique d'art Arasse. Impossible de retrouver la magnifique version de mon livre "Les plus beaux texte sur la peinture" (Edition Beaux Arts) sur le net. J'ai donc saisi le texte pour mes archives puis copié ici... C'est long... Mais vous verrez mieux le Very Happy de la Joconde. Courage. Faites un Control /Roulette pour agrandir l'affichage de votre navigateur.

"Je vais en faire la description et vous verrez qu'apparaissent beaucoup de choses qu'on ne voit pas.
 
D'abord, la Joconde est assise dans une loggia, c'est-à-dire qu'il y a des colonnes de part et d'autre, sur les bords droit et gauche, jointes par le muret, derrière elle. Elle tourne le dos au paysage, qui est très lointain. Ensuite, elle est assise dans un fauteuil, je le sais uniquement parce que le bras gauche de la figure est appuyé, parallèlement au plan de l’image, sur un accoudoir. Mais cet accoudoir est l'unique trace du fauteuil, il n'y a pas de dossier, ce qui est étrange. Et puis le paysage à l'arrière-plan est curieux puisqu'il est composé uniquement de rochers, de terre et d'eau. Il n'y a pas une seule construction humaine, pas un arbre, il y a seulement dans ce paysage quasiment pré-humain un pont, et c'est cela qui m'a posé beaucoup de problèmes d'interprétation. Ce pont enjambe ce qui doit être une rivière, mais qu'on ne distingue pas. Or, comment se fait-il que dans ce paysage des origines il y ait déjà un pont alors que toute présence humaine a disparu ? [...]

Et puis il y a le sourire... En fait, c'est Léonard qui a inventé l'idée de faire un portrait avec un sourire. Il n'y a pas de portrait avec un sourire avant la Joconde, à l'exception du tableau d'Antonello de Messine, l'Homme qui rit, conservé à Cefalù en Sicile. Antonello est un très grand peintre, mais son sourire, en fait un rictus, n'est pas très réussi et produit l'effet d'une grimace. Et Léonard, qui connaissait ses œuvres s'est dit que puisqu'on voulait un sourire, il en peindrait un. Pourquoi ce choix de sourire ? C'est là que l'histoire aide à comprendre. [...]

En revanche, la Joconde, elle, sourit parce que son mari, Francesco del Giocondo, a commandé son portrait au plus grand peintre du temps, Léonard de Vinci. Et pourquoi le mari a-t-il commandé son portrait ? Parce qu'elle lui a fait deux beaux enfants, deux héritiers mâles, et qu'ils ont dû suite à cela changer de maison dans Florence. On sait tout cela : le mystère de la Joconde n'est pas dans ce qu'on invente autour mais dans le tableau lui-même. Le mari a acheté un autre palais, il a agrandi sa maison et il offre à sa femme son portrait par le maître Léonard. Elle ne le gardera pas puisque Léonard le gardera pour lui. C'est en tout cas un tableau de bonheur, où une jeune femme de vingt-deux ou vingt-trois ans, qui a déjà donné deux enfants mâles à son mari, viables à la naissance, est honorée par l'amour de celui-ci à travers ce portrait. C'est une anecdote historique qui présente cependant un intérêt, car tout ce qu'on a élaboré autour du sourire de la Joconde s'effondre devant l'analyse historique.

Mais ce n'est pas ce qui fait que ce sourire est fascinant. Je crois que la raison est plus profonde, et il m'a fallu du temps pour percevoir ce qu'il en est ou, plus modestement, pour percevoir ce que j'en percevais. En fait, ce qui me fascine, c'est ce qui lie profondément la figure au paysage de l'arrière plan. Si vous regardez bien ce dernier, vous vous rendrez compte qu'il est incohérent, c'est à dire que dans la partie droite, du point de vue du spectateur, vous avez des montagnes très hautes, et tout en haut un lac, plat, comme un miroir, qui donne un ligne d'horizon très élevée. Dans la partie gauche, au contraire, le paysage est beaucoup plus bas, et il n'y a pas moyen de concevoir de passages entre les deux parties. En réalité il y a un hiatus, caché, transformé par la figure elle-même et par le sourire de la Joconde elle-même. C'est du côté le plus haut du paysage que sourit la Joconde. La bouche se relève très légèrement de ce côté-là, et la transition impossible entre les deux parties du paysage se fait dans la figure, par le sourire de la figure.
Vous me direz et alors ? Eh bien, je crois qu'à ce moment-là il faut avoir lu les textes de Léonard, se rappeler qu'il était un très grand admirateur d'Ovide et de ses Métamorphoses, et que pour Léonard comme pour Ovide – c'est un thème classique et courant – la beauté est éphémère. [...] la Joconde c'est la grâce, la grâce d'un sourire. Or, le sourire c'est éphémère, ça ne dure qu'un instant. Et c'est ce sourire de la grâce qui fait l'union du chaos du paysage qui est derrière, c'est à dire que du chaos on passe à la grâce, et de la grâce on passe au chaos. Il s'agit donc d'une méditation sur une double temporalité, et nous sommes là au cœur du problème du portrait, puisque le portrait est inévitablement une méditation sur le temps qui passe. Montaigne dit dans ses Essais : « J'ai plusieurs portraits de moi, combien suis-je différent aujourd'hui d'à cette heure. » On passe donc, avec ce sourire de la Joconde, du temps immémorial du chaos au temps fugitif et présent de la grâce, mais on reviendra à ce temps sans fin du chaos et de l'absence de forme.

Restait ce pont, dont je ne comprenais pas la présence jusqu'au moment où j'ai lu Carlo Pedretti, le grand spécialiste de Léonard de Vinci, capable d'écrire comme lui de la main gauche et à l'envers. C'est un homme admirable qui a passé toute sa vie avec Léonard de Vinci. À propos de cette interrogation sur la présence du pont, il dit une chose très simple à laquelle je n'avais pas pensé, à savoir que c'est le symbole du temps qui passe ; s'il y a pont, il y a une rivière, qui est le symbole banal par excellence du temps qui passe. C'est un indice donné au spectateur que l’étrangeté du rapport entre ce paysage chaotique et cette grâce souriante est le temps qui passe. Le thème du tableau c'est le temps. C'est aussi pour cette raison que la figure tourne sur elle-même, car un mouvement se fait dans le temps... Et l'analyse peut repartir à ce moment-là. Le tableau est fascinant parce que sa densité et sa sobriété font qu'il n'arrête pas de renvoyer la réflexion et le regard au regard...

Ce qui m'a aussi beaucoup frappé quand je travaillais sur La Joconde, c'est que je travaillais en même temps sur tout Léonard de Vinci et donc sur les cartes géographiques qu'il a réalisées à la même époque, et un soir j'ai eu une sorte d'illumination, peut- être une sorte de folie, en regardant ces cartes : j'ai perçu que le paysage de La Joconde en arrière-plan, avec son lac très élevé et son val aquatique et marécageux dans la partie gauche, était pratiquement la prise en vue cavalière d'une carte de la Toscane que Léonard de Vinci réalise aussi en 1503-1504, et l'un des problèmes qu'il se pose dans cette carte est de savoir comment le lac Trasimène a pu jadis, dans un temps immémorial, expliquer les marécages du Val d'Arno, qui se trouve au sud d'Arezzo, en Toscane. On voit sur sa carte qu'il a dessiné un cours d'eau qui n'existe pas dans la réalité, allant du lac Trasimène au Val d'Arno. Ce qui m'a frappé, c'est de voir que la construction de La
Joconde s'accordait pleinement à une réflexion cartographique et géologique de Léonard de Vinci, si bien que le paysage représenté derrière elle, c'est la Toscane immémoriale, celle qui existait avant que l’humanité n'y crée la grâce de ce pays, car la Toscane est très belle et c'est La Joconde. Ce cours d'eau qui relie le lac Trasimène au Val dArno, c'est le sourire de la Joconde."

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Re: expositions- suite

Message  Azbinebrozer le Ven 25 Fév - 22:47

A ma ville d'Argenteuil hé oui on est resté kéblo sur Monet !
Par ici le voyage numérique...
(... avec pitite épreuve musicale !)

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